Armement et nucléaire : la stratégie périmée de l’entreprise France

Ah l’imprévisible actualité ! Un sol qui semblait stable s’effondre soudain sous les pas du marcheur, et le voici qui perd l’équilibre… Tout est lié, tout s’accélère : notre époque est impitoyable aux partisans du maintien du statu quo, et particulièrement impitoyable aux stratèges vieillissants de l’entreprise France.

Ah la belle entreprise, bâtie par le Général à la sortie de la deuxième plus grande boucherie de l’Histoire ! C’est qu’il en avait des idées nobles sur la Nation, sur la belle notion d’Indépendance. Les Américains ont inventé la bombe atomique, et bien nous aussi ! Les Américains ont inventé l’industrie nucléaire, et bien nous aussi ! Etc.

Ainsi, longtemps, l’entreprise France a été en pointe dans deux grands secteurs fortement liés au second conflit mondial : l’industrie de l’armement (la France est le 3e exportateur mondial, après la Russie et les États-Unis) et l’industrie nucléaire (Areva est le 1er groupe mondial). Ceci est logique : le premier usage d’un réacteur nucléaire « civil » était de produire du plutonium pour fabriquer une bombe A. Signe particulier de ces deux industries : elles sont fortement dépendantes des commandes étatiques et donc foncièrement opaques.

Ainsi, il y a quelques mois à peine, il était encore facile pour les entreprises françaises de l’armement de vendre tranquillement des armes sophistiquées aux dictateurs qui parsèment les rives sud du bassin méditerranéen (plus de 200M€ à la Libye en 2009, quand même). Mais l’on peut parier que le travail des commerciaux dans ce secteur va devenir dans l’avenir, disons… plus délicat !

Ainsi, il y a quelques semaines à peine, il était encore facile pour les entreprises françaises du nucléaire de jouer les sauveurs lors du sommet européen consacré à la crise énergétique, en vantant les mérites d’une industrie « propre », « maîtrisée » et « durable ». Et puis, les méchants éléments déchaînés sont venus rappeler brutalement qu’il suffisait de fermer les robinets d’un circuit de refroidissement pour que tout s’emballe… Envolés les beaux discours sur la haute technologie, ce n’était qu’une simple histoire de piscine et de cocotte-minute peu maniable, en fait. Il va sans doute y avoir des promesses de vente dans les corbeilles, d’ici peu !

Douloureuse, douloureuse révision de la stratégie périmée de l’entreprise France… Enfin, pour ceux qui en ont bien profité jusque-là ! Pour les autres, un champ d’opportunités immenses vient peut-être de s’ouvrir. Les salariés de l’armement et du nucléaire sont des personnels hautement qualifiés, leurs compétences scientifiques et techniques sont reconnues et parfaitement utiles aux entreprises qui œuvrent pour relever les défis d’un futur réellement souhaitable.

Mais pour cela, il faudrait d’abord dire adieu aux rêves du passé, même glorieux, et regarder enfin l’avenir. Pauvres politiciens : la campagne présidentielle de 2012 va être un beau festival !