La seconde bataille de Tchernobyl

La fête de Pâques nous rappelle que la vie peut triompher de la mort. Il est cependant des extrêmes confins, où la folie humaine nous emporte actuellement de plus en plus vite, d’où personne ne revient.

Je viens de voir La bataille de Tchernobyl, un documentaire français de 2006, réalisé par Thomas Johnson, qui retrace l’histoire de l’accident (il est visible en ligne en plusieurs parties : nº1, 2, 3, 4, 5 et 6).

Ce film d’une heure trente, extrêmement dense, nous apprend par exemple que le risque d’une seconde explosion du réacteur, cette fois-ci d’une puissance mille fois supérieure à la bombe d’Hiroshima, était bien réel. Cela aurait évidemment détruit une partie de l’Ukraine et rendu des régions entières de l’Europe inhabitables à cause des retombées radioactives.

Cette seconde explosion fut évitée grâce à l’abnégation de centaines de pilotes d’hélicoptère, qui larguèrent des tonnes de sable, de bore, et de plomb dans le cratère, d’un bataillon entier de pompiers, qui retirèrent l’eau emprisonnée sous la dalle de béton, et qui tous moururent dans les semaines qui suivirent. Cette liste n’est pas exhaustive.

Ensuite vinrent les centaines de milliers de liquidateurs chargés de décontaminer la zone le plus possible, de construire un sarcophage pour isoler le réacteur pour trente ans, sarcophage qui maintenant présente de dangereuses fissures. Ensuite vinrent les cancers, les enfants difformes, les vies brisées. Héroïsme de ces Soviétiques, sacrifiés pour épargner au monde une apocalypse.

Le malaise grandit encore dans la dernière partie du documentaire : on y apprend la volonté délibérée de l’Agence internationale de l’énergie atomique (dirigée par les Occidentaux) de minimiser les conséquences de la catastrophe, les mensonges éhontés du gouvernement français sous la présidence de François Mitterrand, etc., jusqu’à la nausée.

On ressort chancelant de cette vision, comme après une brève incursion dans un des derniers cercles de l’Enfer. On repense au film vénéneux de Stanley Kubrick, Docteur Folamour, description lucide du gouffre nucléaire qui se déploie au cœur même de nos sociétés avancées, et qui les menace d’anéantissement.

Faisons le constat tragique suivant : la pensée nucléaire qui imprègne nos oligarchies a peu changé en un quart de siècle. Les récents débats auxquels on a pu assister, en France, suite à la catastrophe de Fukushima, en témoignent. N’oublions pas que le gouvernement français, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, avait signé des contrats de livraison de plusieurs centrales avec la dictature libyenne de Mouammar Kadhafi. Irresponsabilité à tous les étages.

Rendons hommage aux morts de la première bataille de Tchernobyl, aux innocents qui continuent de souffrir de ses conséquences. La seconde bataille de Tchernobyl commence : il s’agit d’obtenir le plus vite possible l’interdiction définitive de l’énergie nucléaire et des armes atomiques à la surface de la planète Terre. Humanité, ton destin est entre tes mains !