‘Into Eternity’ : méditation à la croisée des chemins

« À la moitié du chemin de la vraie vie, nous étions environnés d’une sombre mélancolie. »

– Dante Alighieri, Divine comédie, chant I (vers 1300).

Étonnant rapprochement : en lisant les premiers vers de la Divine comédie, on ne peut s’empêcher de songer au destin de notre propre civilisation, soudain brutalement confrontée à des choix qui dépassent l’horizon de pensée commun.

Depuis peu, les discours sont émaillés de références lointaines : en 2020, en 2050, dans un siècle… Ces dates défilent devant nous comme un compte à rebours étrange, qui dilate en secret nos existences elles-mêmes.

Un millier de siècles ! C’est l’horizon que se propose d’explorer le documentaire fascinant de Michael Madsen, Into Eternity (réalisé en 2009, sorti en France en 2011). Oui, cent mille ans, c’est le délai qui sera nécessaire pour que les 200,000 tonnes de déchets radioactifs qui ont été produits jusque-là par l’industrie nucléaire, deviennent inoffensifs.

Au milieu de la Finlande, des hommes creusent une tombe gigantesque, à des centaines de mètres de profondeur dans la roche-mère, qui sera le lieu de repos ultime d’un feu mortel qui ne veut plus s’éteindre.

Demain, d’autres mausolées surgiront en France, aux États-Unis, en Chine, en Inde et ailleurs… Ils seront probablement tout ce qui restera de notre époque quand nos villes auront disparu. Ils célébreront la responsabilité éternelle d’une civilisation qui finit par devenir indifférente à la vie elle-même.