E.T., A.I., W.H. et les autres…

War Horse, le dernier film de Steven Spielberg, vient peut-être de rejoindre E.T. the Extra-Terrestrial et A.I. Artificial Intelligence, au panthéon des films les plus personnels du réalisateur, ceux dans lesquels il s’autorise à dépeindre de la manière la plus évidente qui soit sa vision intime du monde.

Chacun de ces films est le portrait vivant d’un être singulier, extraordinaire, égaré dans un univers hostile, aux lois duquel il est radicalement étranger. Tout au long de chaque récit, à la manière d’un catalyseur qui agit sur ceux qui l’approchent, cet être singulier va révéler aux habitants de ces pays perdus les ressources d’amour infinies qu’ils portent en eux, et, ce faisant, il va les sauver à eux-mêmes. Voilà donc les héros de Spielberg qui réparent, comme malgré eux, le monde : des voyageurs venus du temps de l’enfance, des innocents constitutifs, des victimes des mécaniques absurdes et mortifères dont les êtres humains adultes semblent être toujours les gardiens.

« Vous qui entrez ici, perdez toute espérance », nous dit Dante, « mais restez ouverts à la rencontre, car celle-ci changera peut-être votre vie », nous rappelle Spielberg. Joey, le cheval auquel on refuse de donner un nom sur le champ de bataille – « pourquoi nommer ce que l’on va perdre ? » demande l’officier au soldat qui s’est spontanément attaché au bel animal qu’il vient de trouver –, Joey décide, à bout de forces, de prendre le risque de courir libre sous la mitraille, passant d’un camp à l’autre, puis trouvant dans le no man’s land le seul espace où il lui soit encore permis d’exister.

Dans sa chute, ce météore éblouit les hommes casqués qui le voient passer. Ils ne peuvent y croire tout d’abord, mais finissent par céder à un émerveillement enfantin, et, oubliant leurs rivalités factices, décident à leur tour de le rejoindre. Au milieu du déchaînement des feux d’un enfer industriel qui préfigure tous ceux de l’avenir, des êtres humains répondent à l’appel d’un amour sauvage qu’ils ne comprennent pas. Voilà où résonne le cœur palpitant de War Horse.