Notre énergie !

Le solstice d’hiver a sonné l’heure des bilans. Que retiendrons-nous du temps écoulé ? La question de l’énergie fait désormais partie de l’actualité quotidienne : voici quelques réflexions, trouvées dans son sillage, qui continueront sûrement à nous occuper pour les années à venir.

Le billet de Matthieu Auzanneau intitulé François Roddier, par-delà l’effet de la Reine rouge, est une évocation réussie de Thermodynamique de l’évolution, le dernier ouvrage de ce physicien atypique. Sa proposition centrale est que notre civilisation constitue la structure dissipative d’énergie la plus efficace que l’on connaisse dans l’univers. De ce fait, elle maximise également la vitesse de production d’entropie, c’est-à-dire d’altération de son environnement, ce qui la force en retour à dissiper encore plus d’énergie pour s’adapter à ces modifications.

Cette fuite en avant apparemment irrésistible trouve un écho puissant dans un autre billet du même blogueur, intitulé L’Empire romain et la société d’opulence énergétique : un parallèle, publié deux ans auparavant, qui retrace les découvertes de Joseph Tainter, historien connu pour son livre The collapse of complex societies. Sa thèse essentielle est qu’il existe un lien direct entre accroissement de la complexité des sociétés et augmentation de leur consommation d’énergie, ainsi qu’un « rendement décroissant de l’investissement marginal dans la complexité », ce qui amène les sociétés qui ont dépassé certains seuils de soutenabilité à s’effondrer, c’est-à-dire à se simplifier très rapidement. L’Empire romain en est un des exemples les plus frappants.

Les conclusions de ces deux auteurs n’étant guère réjouissantes, on pourrait dès lors douter qu’il soit possible d’en dégager des perspectives positives pour les années à venir ! Ou au contraire, on pourrait voir ces avertissements comme autant d’invitations à passer à l’action. Dans ce cas, quelles pourraient être les voies à suivre pour initier des changements positifs ? Voici trois intuitions pour alimenter le débat :

  1. Tout d’abord, reconnaître que les contraintes de ressources ne sont pas une malédiction, mais une chance offerte à l’expression de l’intelligence, au plaisir de concevoir de belles choses, porteuses des valeurs de simplicité, de légèreté, de frugalité, proches de celles que l’on observe dans le monde vivant.
  2. Ensuite, percevoir que l’énergie physique, souvent associée à la matière morte (le pétrole des organismes vivants, le minerai d’uranium des générations d’étoiles), ou réduite aux phénomènes inanimés (soleil, vent), ne raconte qu’une partie de l’histoire. L’énergie psychique, qu’on l’appelle joie de vivre, enthousiasme ou élan vital, est tout aussi importante pour les sociétés humaines, et cette ressource-là ne dépend que de nous.
  3. Enfin, réaliser que nous ne sommes pas seuls, que la biosphère de la planète Terre tout entière est habitée par des myriades de peuples non-humains qui font face, eux aussi, et depuis des millions d’années, à des contraintes de ressources. Nous leur avons déclaré une guerre totale depuis quelques décennies : ils nous regardent les détruire, sans comprendre notre stratégie suicidaire. Pourtant, ils sont ouverts à la coopération, pour peu qu’on veuille les écouter et qu’on soit prêt à passer d’une culture de la domination exclusive, qui cherche à contrôler par la pénurie et la souffrance, à une culture du partage inclusif, qui laisse se développer librement l’abondance et la joie.

La culture du logiciel a, d’une certaine manière, déjà parcouru une partie de ce chemin. Le code efficace des demomakers, leur goût du moins et du mieux en lieu et place du bloatware habituel, les méthodes agiles de développement, qui remettent l’humain au centre des systèmes d’information, le mouvement du logiciel libre et open source, rappel de la primauté évidente de la coopération, tout cela participe d’une mutation culturelle, qui satisfait en grande partie aux trois impératifs décrits plus haut. Cette transformation est d’ailleurs en train de s’approfondir et de s’étendre à d’autres secteurs de l’activité humaine. Mais il faudra faire vite pour répondre à temps aux urgences du siècle.

Sommes-nous prêts ? Bien sûr. Et l’année nouvelle nous attend !

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