Automobile : quel futur maintenant ?

Le Mondial de l’automobile 2012, qui ouvre ses portes aujourd’hui, orne son fronton d’un étrange slogan : le futur, c’est maintenant. Habile détournement de la campagne présidentielle française, il appelle à raccourcir le temps. Effectivement, à notre époque, tout s’accélère, le déclin des modèles d’affaires industriels comme la fonte des glaces de l’Arctique. Et voici qu’un simple slogan, d’un progressisme désuet, révèle, en creux, notre impuissance présente.

Un examen de la dure réalité s’impose : la voiture contemporaine est un objet de plus en plus consommateur de ressources. L’énergie ? Une voiture consomme 80 kWh aux 100 km, et malgré cent ans d’efforts de la part des ingénieurs, moins d’1% de cette énergie sert à transporter effectivement le conducteur. La matière ? Une voiture est « faite de pétrole et d’acier de la tête aux pieds » et ceux-ci ne sont pas renouvelables : après le pic pétrolier, c’est la chaîne de montagne métallique qui est devant nous. L’espace ? L’encombrement exagéré d’un véhicule individuel est la première cause des embouteillages et de l’étalement urbain. Et tout cela retourne toujours à l’argent : facture des importations énergétiques en hausse, endettement public en hausse, etc. Sommes-nous en train de vivre une fin de partie ?

Un jour, tous les marchands de rêve finissent par être rattrapés par le réel. En Europe, la surcapacité de l’outil industriel, le coût du travail, la crise de la monnaie commune, et de nombreuses autres raisons économiques sont invoquées pour justifier les difficultés croissantes d’une industrie emblématique du 20e siècle. Ne serait-ce pas plutôt le signal que les conditions du rêve ne sont plus remplies, et qu’il est grand temps d’en inventer un autre ?

Et pour cela, il faut d’abord écrire une nouvelle histoire : abandonner les vieux désirs infantiles (puissance, vitesse, tout partout tout le temps) et donner envie d’explorer d’autres horizons. Il est étonnant de comparer la créativité mise en œuvre par les fabricants de véhicules qui consomment moins de 10 kWh aux 100 km, comme la Loremo ou la C-1, avec celle des constructeurs traditionnels. Allons encore plus loin : que serait une voiture produite par la société Apple, un iPhone sur roues ? Une approche complètement différente, ne serait-ce pas là, le désir secret des clients ?

Qu’il est difficile de changer un système de pensée ! Hier, triomphante, la voiture, aujourd’hui, semble être devenue un problème de plus à résoudre, une énergie négative qui tétanise et empêche de formuler les bonnes réponses. Et pourtant, à bien y regarder, des innovations bourgeonnent déjà de toutes parts, sous forme de nouveaux services et de nouveaux produits qui remettent en cause les dogmes d’hier : la voiture n’est plus individuelle mais partagée, la vitesse n’est plus une fin en soi, l’habitacle n’est plus nécessairement fermé.

Ne serait-ce pas plutôt cet autre futur qui surgit en fait, dès maintenant, comme un soleil transperçant la nuit des affiches de la dernière édition du Mondial de l’automobile ?